03 Feb

Zelda Breath of the Wil : La résurrection du Fléau (Part. 2)

Publié par lechanoir  - Catégories :  #Nouvelles accessibles en intégralité

Zelda Breath of the Wil : La résurrection du Fléau (Part. 2)

La résurrection du Fléau

 

 

      C’est alors que je compris : il ne s’agissait pas d’un serpent...

 

     … mais d’un dragon !    

 

     La scène était tout à la fois chaotique, spectaculaire et magique ! L’animal légendaire serpentait dans le ciel d’Hyrule, lançant de longs cris rauques et plaintifs, un petit bonhomme accroché à son flanc. Seule ombre à ce tableau : le petit bonhomme, c’était moi ! Et impossible dans cette position d’éliminer les derniers parasites qui rongeaient la bête. J’attendis donc que ma monture s’élève plus haut encore au-dessus des nuages avant de me lancer. « Un… deux… trois… C’est partiii ! » criai-je en lâchant les plumes du dragon. Dans une fulgurance qui n’aurait pas dû me surprendre – et qui me saisit pourtant –, mon corps se mit à enchaîner une série de roulés-boulés non contrôlés, qui me donnèrent la nausée, avant que je puisse enfin ralentir ma course. Les bras perpendiculaires à mon torse, j’avais retrouvé une forme d’équilibre lorsque je me décidai à attraper le tissu plié derrière mon dos et le tendre fermement au-dessus de ma tête. Presqu’instantanément, en se gonflant d’air, l’étoffe se transforma en la paravoile que m’avait offert le roi d’Hyrule, stoppant net ma chute. Du moins, c’est l’impression que cela me fit, comme si un géant – ou les dieux – m’avait rattrapé par le paletot entre le pouce et l’index pour jouer avec moi. Au profit des rafales de vent provoquées par la danse du dragon, balloté par les bourrasques, je parvins à m’élever dans les cieux au-dessus de l’animal où j’avais une vue pleinement dégagée sur les différents parasites et les yeux globuleux qui entachaient sa robe. Lâchant la paravoile, je repris alors mon arc et, en un éclair, décochai une flèche sur chacune de mes cibles. La plupart firent mouche, si bien que lorsque je retombai sur le corps du dragon, seules une ou deux plaies suintantes demeuraient visibles. Tentant de ne pas perdre mon équilibre, m’accrochant à sa robe quand cela s’imposait, je déversai sur l’animal mes dernières potions de soin avant de m’installer à califourchon sur son dos en priant pour qu’il ne parte pas dans de nouvelles acrobaties.

     Tout à coup, les dernières traces de contamination partirent en poussière, et dans un halo de lumière, le dragon retrouva l’éclat vert émeraude de sa robe. Sa crète et les piquants qui parcouraient son corps virèrent au turquoise, et autour de sa gueule, ses plumes reprirent leur couleur d’origine d’un blanc immaculé. Dans une dernière danse, l’animal de légende nous ramena dans son antre, me laissant au pied de sa forteresse, avant de reprendre sa place autour des colonnes de glace.  

     « Grâce à toi, Nedrac, l’Eprit de la montagne, a été libéré du mal qui le rongeait. Frappe de ta flèche le corps de Nedrac. Ainsi tu libèreras l’Esprit de cette partie du monde. »      

    

     N’ayant plus de flèche, je m’approchai de la tête du dragon et le frappai délicatement de ma baguette. Par chance, cela fonctionna (je me voyais mal refaire tout le chemin après être retourné au village pour acheter des flèches). Un objet brillant se détacha de sa gueule et tomba au sol, devant la statue du lac.

 

     « L’écaille de Nedrac t’est offerte comme preuve de courage par le dragon gardien de la source depuis les anciens temps. Dépose maintenant l’écaille dans la source de la Sagesse. »

 

     Suivant les directives de la voix, je déposai l’écaille dans l’eau, au pied de la statue. Le lac s’illumina et derrière l’ange de pierre, une porte s’ouvrit dans la montagne, découvrant un sanctuaire.

     Ce n’était pas mon premier sanctuaire, Hyrule en fourmillait. Il s’agissait, la plupart du temps, d’une suite pièces aux énigmes retorses qui, lorsque tu les résolvais, te récompensait du pouvoir des anciens. Mais cette fois, aucune énigme, aucun combat, j’avais déjà mené la bataille en libérant Nédrac, je pus donc ouvrir le coffre et récupérer mon cinquième emblème du triomphe. Laissant le sanctuaire derrière moi, je déposai l’emblème devant la statue de pierre et m’agenouiller. Je sentis alors mes forces revenir et le pouvoir des anciens affluer dans mes veines. J’étais plus fort désormais, mais pas assez pour défaire Ganon, le Fléau. Je devais retrouver mes capacités, me retrouver moi, ainsi qu’un moyen d’empêcher le mal de s’abattre à nouveau sur ces splendides contrées.

    

     Faisant le tour de la forteresse de glace pour gagner le rebord de la falaise, j’aperçus une chose étrange qui recouvrait l’un des pics du dragon. M’approchant précautionneusement, je compris de quoi il s’agissait. Par chance, ma paravoile était apparemment restée accrochée à la bête tandis que je la délestais de ses parasites. Je repliai le tissu dans mon sac et me dirigeai vers le haut sommet. Malheureusement, une épaisse couche nuageuse empêchait toujours toute visibilité. Je récupérai donc l’étoffe que je venais de ranger, pris mon élan, et dans un cri d’excitation me jetai dans le vide. Aussitôt la paravoile se déploya et, le vent dans les cheveux, un sentiment de liberté jamais égalé m’envahit, plus fort encore que celui ressenti lorsque j’avais atteint les hauteurs de Lanelle, plus intense même que toute autre sensation. Au fur et à mesure que je m’éloignai de la montagne, l’air se radoucissait et la brume se dissipait pour finalement laisser percer les premiers rayons de soleil. Je pris la direction par laquelle j’étais arrivé, de nombreuses heures plus tôt, et me laissai porter. À plusieurs dizaines de mètres en dessous de moi, j’observai une immense cascade qui avait formé un petit lac entre les hauteurs et le plateau. Et sur chacune des parois rocheuses encerclant le plan d’eau, les vestiges d’une ancienne civilisation semblaient comme fossilisés dans la montagne. Plus loin, au pied des massifs, là où naissait la rivière, une route pavée avait été construite au-dessus du courant, se muant en un sentier ouvert par deux colonnes qui donnait sur une forêt de pins. L’ensemble évoquant clairement l’image de la tablette, j’entrepris ma descente.

     Je ne m’étais pas trompé sur l’endroit, je connaissais ces lieux. Malheureusement, un cerbère en barrait l’accès. Profitant d’un pan de montagne moins escarpé, je fis une halte, à quelques mètres seulement de la terre ferme, et fit glisser de ma ceinture la longue-vue que l’ancien roi d’Hyrule m’avait offert quelques jours plus tôt. Mi-homme, mi-cheval à tête de monstre, la bête aux cornes fourchues était armée d’un bouclier de l’âge de pierre composé de deux lames opposées l’une à l’autre, soudées sur un disque en métal, et d’une large épée dont l’extrémité en arc de cercle semblait particulièrement tranchante. Après un léger chargement, l’appareil afficha dans la lorgnette l’espèce et ses caractéristiques. Il s’agissait du premier lynel que je croisais et, visiblement, le combat ne serait pas à mon avantage. Je récupérai un plastron dans mon sac et m’équipai en prenant soin d’être armé de mes flèches explosives, nettement plus dévastatrices. Enfin, j’avalai une potion aux vertus fortifiantes et, prenant mon courage à deux mains, m’élançai dans le vide en bandant mon arc. La bête encaissa trois explosions en pleine gueule avant même que mes pieds touchent le sol. Puis une quatrième au moment où je retrouvai mes appuis. C’est seulement à cet instant qu’elle se retourna vers moi, fonçant dans ma direction, tête la première. Surpris par sa vitesse, je bondis sur le côté, mais son assaut m’envoya voler dans airs pour retomber à plusieurs mètres de l’impact. Je souffrais le martyre, c’était comme si chacune de mes articulations avait cédé lors du contact avec le sol. Mais je devais me relever car, emporté dans son élan, le lynel me tournait désormais le dos. Je décochais laborieusement une nouvelle série de flèches ; les muscles de mes bras envoyant, à chaque sollicitation, des décharges électriques dans tout mon corps. Tendant la main pour attraper mon troisième carreau alors que, tel un taureau, mon adversaire s’élançait de nouveau vers moi dans une fureur bestiale, je m’aperçus que j’avais épuisé mon arsenal. Dans un ultime instinct de survie, j’attrapai le bouclier accroché dans mon dos et le serrai contre mon torse, entre moi et le cerbère. Par chance, le timing fut parfait et si la force du choc me repoussa de nouveau plusieurs mètres en arrière, la bête parut sonnée. C’était le moment. Je pris une nouvelle potion dans ma poche, que j’avalai d’une traite, et me précipitai sur mon adversaire, glaive de gardien à la main (une arme particulièrement puissante trouvée précédemment dans l’un des sanctuaires que j’avais explorés). Profitant de l’ouverture, je lui assénai une série si violente de revers et coups droits qu’il ne put répliquer et manqua de perdre connaissance. Malheureusement, il reprit rapidement ses esprits et à son tour me matraqua de son imposante épée. Mon bouclier finit par céder sous la multitude de coups, si bien que je ne pus parer sa dernière attaque. Heureusement, celle-ci manqua de précision et seul le plat de sa lame atteignit mon plastron. Pour autant, et malgré la force ostensible du lynel, la violence du choc me saisit. Le souffle coupé, je m’écroulai à trois, quatre mètres de là. Étrangement, lui conserva sa position. Tentant de me relever, je le vis prendre une grande inspiration, et avant même que je comprenne ce qui se passait, un souffle de feu m’effleura la couenne tandis-que, dans un geste réflexe, je roulai pour éviter d’être brûlé vif. Je me mis alors à courir, sentant herbes et arbustes s’embraser dans mon sillage. Je tins ainsi jusqu’à ce que ses poumons fatiguent, puis saisissant l’opportunité qui s’offrait enfin à moi, fonçai vers lui et bondis sur mon ennemi, toujours équipé de mon glaive. Il encaissa plusieurs de mes coups avant de contrattaquer, mais cette fois, j’étais prêt. Dans une ultime acrobatie, je parvins à déjouer sa charge et grâce à un timing parfait, ma fenêtre de contre parut évidente. C’était comme si le temps avait ralenti sa course et que je pouvais anticiper chacun de ses mouvements, éviter chacun de ses assauts. Il était temps désormais de laisser ma main guider mon épée. Je m’abatis sur la bête dans un déferlement de coups d’une dextérité inouïe, et plus je touchais, plus je sentais ses forces l’abandonner. Jusqu’à ce qu’enfin, elle s’écroule, défaite.

     Lorsque j’eus repris mon souffle, je m’approchai du lynel, m’assurai qu’il soit bien mort et, en signe de respect, refermai ses paupières sur ses yeux désormais éteints. Puis, je récupérai son arme et son bouclier, dont je fus à la fois étonné et déçu de constater la faible qualité.

     Levant les yeux vers l’horizon, je vis le soleil disparaitre derrière les montagnes. Le jour était sur le point de s’achever ; il fallait m’occuper du feu pour la nuit. Je décidai donc de m’aventurer dans la forêt, armé de mon arc et de mes derniers carreaux en métal.

     Quelques minutes plus tard, le feu était prêt et un sanglier cuisait au-dessus des braises. Après un tel combat, j’avais besoin de reprendre des forces.

    

     Au petit matin, le soleil rayonna sur la plaine. Arpentant le sentier de Nedrane, je sentis, au fur et à mesure que je me rapprochai du portail, le conflit qui m’animait, comme si mes souvenirs luttaient pour ressurgir d’un lointain passé. Je tendis la main en direction des colonnes et sentit les aspérités et la froideur de la roche anciennement sculptée à la main, mais rien d’autre. La tablette Sheika me renvoyait toujours la même image de la plaine de Nedrane. Faisant volte-face, je fis quelques pas en arrière pour avoir une vision plus globale des lieux avec le portail, le sentier… et la montagne, au loin.

     C’est alors que, dans un éclair fulgurant, tout me revint.            

      

     Je marchais, aux côtés de Zelda, à la rencontre d’un groupe d’Hyruliens : Daruk, le Goron, un colosse au visage rond et à la barbe blanche ; Mipha, jeune princesse des profondeurs de Zora, à l’air délicat ; Revali le Piaf et Urbosa de Gerudo, femme du désert au corps musclé à la peau mate et aux cheveux roux, les Prodiges d’Hyrule...  

      

     « Alors, racontez-nous, Princesse, comment ça s’est passé sur la Montagne Sacrée ? demanda Daruk de sa voix grave. »

     Zelda baissa la tête, visiblement embarrassée et déçue.

     « Toujours rien, n’est-ce pas ? Pas de pouvoir ? intervint le Piaf.

     – Pardonnez-moi.

     – Allons, madame, vous avez fait de votre mieux. On n’y peut rien si ça n’a pas fonctionné. Après tout, la méditation n’est peut-être pas le seul moyen d’éveiller le pouvoir du sceau. Il est tout à fait possible qu’il finisse par se manifester d’une autre manière.

     – Merci, Urbosa.

     – Votre Altesse… C’est… C’est un peu difficile à expliquer, hésita Mipha, mais voilà, je me suis demandé… Je me suis demandé à quoi je pensais quand… quand j’utilisais mes pouvoirs de guérison. Eh bien, en fait, je… »

     Soudain, la terre se mit à trembler, manquant de faire tomber la jeune femme. En un battement de cil, Revali déploya ses ailes et s’envola dans les cieux pour mieux voir ce qui se passait, au loin. Choqué, il observa, par-delà les montagnes, le château d’Hyrule basculer dans les ombres. Le spectacle était apocalyptique. Un nuage noir, chargé d’une électricité maléfique, s’était formé dans le ciel et des éclairs rouge vif s’abattaient désormais sur la maison de la princesse, tandis-que qu’une forme spectrale tournait tout autour du château dans un rugissement animal qui résonnait dans tout le pays.

     « On dirait…

     – Ouais, pas de doute, répondit Daruk.

     – Ça y est, enchérit Mipha.

     – C’est lui ! confirma le Piaf.

     – Il s’est réveillé !

     – Vous inquiétez pas, Princesse ! Moi et les autres, on va s’en occuper ! Écoutez-moi, tous dans les créatures divines, prêts à le canarder ! Dès que Link engage le combat contre Ganon, on fait feu comme un seul homme ! P’tit gars, toi, tu vas au château d’Hyrule ! On sera là pour te couvrir, alors transforme-moi ce Ganon en chair à pâté !

     – Allez, venez, Madame, vous devez vous mettre en lieu sûr. »

 

     Les images m’étaient apparues aussi clairement que celles de mon combat avec le lynel. C’était comme si la tablette m’avait permis de vivre à nouveau une scène vieille de plus de cent ans !

 

     Je comprenais désormais pourquoi j’éprouvais un profond attachement pour ce pays et son peuple. Je me souvenais des liens que j’avais tissés alors et des sentiments qui m’animaient. Je me souvenais de Daruk, Mipha, Revali et Urbosa.

 

Et par-dessus tout, je me souvenais de la Princesse Zelda.

 

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